Laiterie de Coaticook: crème glacée "responsable"

PME | juin 2012 Laiterie de Coaticook: crème glacée "responsable"
  • L'usine "sans vapeur" de Laiterie de Coaticook.
  • L'entreprise fabrique ses crèmes glacées sans substances laitières modifiées.

L'entreprise des Cantons-de-l'Est voit dans le développement durable une excellente façon d'améliorer son bilan environnemental tout en réduisant ses frais d'exploitation.

Jean Provencher, président de Laiterie de Coaticook cherche à réduire l’impact environnemental de son entreprise depuis plusieurs années. C’est une question de bon sens au plan financier et d’éthique d’entreprise, au même titre que le choix d’offrir des produits sans substances laitières modifiées.

Laiterie de Coaticook a ouvert ses portes en 1940 dans les Cantons-de-l’Est. Au cours des années, l’entreprise a délaissé la production laitière au profit de la fabrication de crème glacée ainsi que de produits laitiers comme le fromage de chèvre, le lait glacé ou les bûches de Noël. La PME compte aujourd’hui jusqu’à 115 employés en période estivale alors que les activités du bar laitier battent leur plein.

Ses premiers contacts formels avec la durabilité datent d’il y a cinq ans, alors que la PME prenait part au programme Ici on recycle, de Recyc-Québec. Peu de temps après, l’entreprise passait au stade ultime du programme, qui reconnaît les établissements ayant d’excellentes performances de mise en valeur des matières résiduelles –- au moins 70 %. "Dans notre cas, nous avons atteint environ 80 %", indique Jean Provencher. Pour y parvenir: réunions d’information avec le personnel, sensibilisation auprès de la clientèle et des employés, nomination d’un responsable pour chapeauter les nouvelles procédures à mettre en place. Parmi celles-ci figurent le renvoi des palettes de bois aux fournisseurs, le réemploi des textiles utilisés, l’impression recto-verso ou encore l’élimination des confirmations d’envoi sur papier.

Mais Jean Provencher réalise que la responsabilité d’entreprise couvre beaucoup plus. "Cela va de l’aménagement paysager entourant l’usine à l’accessibilité de nos installations en chaise roulante. Néanmoins, j’estime que développement durable, rime avec efficacité. Nous n’avons pas de stratégie de durabilité au sens strict, mais on cherche depuis longtemps à réduire nos frais d’exploitation tout en offrant les meilleurs produits possibles." Sur ce chemin, il admet qu’il faut surmonter une foule de défis. "Un des principaux est la réduction de nos frais de chauffage pour l’eau et ceux associés à la climatisation et à la réfrigération. C’est incroyable de constater les pertes d’énergie et d’argent chez les concurrents. Je le vois quand j’ai l’occasion de rencontrer les gens du milieu."

"Il faut choisir son cheval de bataille. À mes yeux l’empreinte carbone devrait être une priorité ; en ce sens la gestion d’énergie est l’une des réalisations dont je suis le plus fier." Depuis la construction de la nouvelle laiterie en 2004, l’entreprise opère une des rares usines alimentaires "sans vapeur". C’est une boucle d’eau chaude qui fournit l’ensemble des procédés au lieu d’un réseau de vapeur comme on en trouve ailleurs. Or, cette vapeur haute pression est à 177 degrés Celsius ; beaucoup trop pour les besoins de la PME. "Pour générer 177 degrés, il faut une bouilloire qui fournit plus que le double en énergie."

Parmi les impacts environnementaux d’une laiterie figurent les eaux blanches, les eaux résiduelles des lavages. Un enjeu sur lequel se penche Laiterie de Coaticook. "Imaginez les camions de 30 000 litres qu’il faut rincer : ceci entraine une charge organique dans les réseaux de traitement municipaux. Il faut trouver la bonne technologie pour répondre à ce défi. On procède actuellement par étape pour être certains que la technologie choisie sera la meilleure." C’est Jean Provencher lui-même qui fait les recherches, sans aide extérieure. "J’ai toujours été un autodidacte généraliste et je crois que c’est un avantage incomparable en durabilité, car il faut considérer plusieurs facteurs pour résoudre un enjeu. Le spécialiste n’a pas toujours la perspective pour le comprendre dans son contexte."

En ce qui concerne les eaux blanches, la PME s’attèle présentement à réduire les extrants traités par la ville. Depuis peu, la PME doit payer des frais municipaux pour le traitement de ses effluents. Si certaines usines sont équipées de leur propre station d'épuration, la PME est trop petite pour aller vers ce type de solutions à grande échelle.

"Les solutions aux défis environnementaux d’une entreprise, c’est un peu comme une grande roue: quand on pense avoir manqué une opportunité, il faut savoir qu’elle reviendra probablement dans quelques années et que l’on sera mieux paré pour la saisir." Et l’avenir? En partenariat avec des sociétés d'aide au développement, la PME compte se pencher sur l’analyse de cycle de vie de ses produits.

Mathieu Régnier