Stone Lizard: l’uniforme scolaire passe au bio

PME | juillet 2010 Stone Lizard: l’uniforme scolaire passe au bio
  • Tammy Hattem, cofondatrice de Stone Lizard.
  • Après les gaminets, l'entreprise compte intégrer le coton biologique à l'ensemble de ses vêtements.
  • La certification Gots garantit l'utilisation du coton équitable.

Cette PME de Blainville est spécialisée depuis une dizaine d’années dans la confection d’uniformes scolaires. Après l’adoption il y a trois ans de son premier plan vert, l’entreprise vient de mettre sur le marché ses premiers vêtements en coton biologique.

 

Stone Lizard a vu le jour en 2001, à Blainville, sur la rive nord de Montréal. L’idée de départ de ses fondateurs, Tammy Hattem et son mari Patrick Lepage, était de produire des vêtements de sports destinés aux jeunes adeptes de sports extrême. Mais à cette même période, de plus en plus d’écoles publiques choisissaient d’emprunter la voie, jusqu’alors réservée aux écoles privées, de l’implantation d’uniformes obligatoires.

"Peu de temps après notre ouverture, la direction d’une école de 400 élèves, proche de Mirabel, nous a contactée pour savoir si nous faisions de la confection d’uniformes scolaires, se souvient Tammy Hattem, vice-présidente au développement stratégique. Cet appel a ouvert la voie et donné sa véritable vocation à Stone Lizard: nous confectionnons maintenant exclusivement des uniformes scolaires."

L’entreprise dessert aujourd’hui des écoles à travers la province, et emploie 30 personnes permanentes, et 250 en haute saison, en plus d’opérer deux succursales. De 400 uniformes livrés en 2003, la PME est passée à près de 100 fois plus par année, pour atteindre près de 40000 en 2010.

Pour la rentrée scolaire 2010, Stone Lizard a pour la première fois offert à sa clientèle des uniformes en coton biologique. Depuis un peu plus d’un an, l’équipe de production développe en effet différentes collections de vêtements réalisés à partir de coton biologique ; la collection de gaminets est la première à faire son entrée. "Nous espérons pouvoir introduire le coton biologique dans l'ensemble de nos collections au cours des prochaines années. En tant qu'entreprise, nous avons une responsabilité sociale et écologique. Offrir des uniformes faits de coton biologique s'inscrit dans notre philosophie d'entreprise et fait partie des gestes que nous posons pour réduire notre empreinte écologique."

Le parcours vers le coton biologique a commencé à prendre forme en 2007. Cette année-là, l’équipe de Stone Lizard se dote d’un plan vert visant à réduire son empreinte écologique. "C’est à l’interne que le désir et la motivation de s’engager pour l’environnement sont nés. Nous travaillons avec des jeunes et c’est vraiment leur vision qui nous a motivés à aller de l’avant. Nous voulions être de notre temps et agir de façon responsable. Nous avons démarré cette démarche petit à petit, chaque employé ayant commencé par signer le plan vert afin de confirmer son engagement." Depuis, les employés posent chaque jour des gestes qui font la différence: économie de centaines de milliers de feuilles de papier, conversion de vêtements défectueux en sacs réutilisables, recyclage des uniformes usagés, etc.

Après ce premier pas concrétisé par l’adoption du plan vert, l’entreprise a cherché une façon d’aller plus loin dans cette démarche. Elle s’est alors attaquée à l’emballage de ses produits, une deuxième étape sensible puisqu’elle touchait la production. Elle a décidé d’éliminer les sacs de plastique individuels dans lesquels était livré chaque vêtement: près de 300000 de ces emballages individuels ont ainsi été éliminés du jour au lendemain. "L’initiative a été très bien reçue des employés, mais aussi des parents ravis de constater ce changement. Puis, de fil en aiguille nous sommes passés à la facturation électronique, et ainsi de suite jusqu’à offrir à nos clients des uniformes en coton biologique."

Pour y arriver, Tammy Hattem et Patrick Lepage ont travaillé avec des professionnels de l’industrie du textile qui leur ont suggéré de regarder du côté de la certification Gots (Global Organic Textile Standard). "Nous avons fait nos recherches et avons effectivement choisi Gots parce qu’ils nous rejoignent dans nos valeurs: ils assurent une agriculture respectueuse de l'environnement et des employés, ainsi qu'une transformation écologique du coton dans les usines." Aujourd’hui, toutes les usines de production avec lesquelles Stone Lizard fait affaires sont certifiées Gots. "En plus de la surveillance effectuée par Gots, nous avons nous aussi fait plusieurs visites aléatoires pour nous assurer du respect des employés. Il faut dire que c’est plus facile pour nous parce que nous produisons une seule fois par année ; il est donc facile de garder à l’oeil les manufacturiers."

Graduellement, toutes les composantes des uniformes scolaires seront conçues de coton biologique, mais pour y parvenir, les défis sont nombreux. "Le premier défi est très certainement le facteur temps: le gros désavantage du coton bio est qu’il pousse moins rapidement. La planification doit donc être très serrée, ce qui nous a obligés à changer nos méthodes de production et de commandes." Aussi, avec le coton biologique, le coût de la matière première peut atteindre jusqu’à 25% de plus que le prix du coton traditionnel. Le facteur coût s’avère donc un autre défi de taille rencontré par les deux entrepreneurs. D’autant plus qu’ils ont décidé de ne pas répercuter la différence sur le prix de vente. "Nous avons parmi nos clients plusieurs écoles défavorisées, nous ne voulions pas que les parents aient à faire un choix basé sur leur capacité de payer et qu’ils soient face à un dilemme. Nous avons donc décidé d’offrir le bio à tout le monde, au même prix. Pour répondre au défi, il nous a fallu changer nos façons de faire. Notamment, en planifiant plus à l’avance, ce qui permet que le traitement soit moins long et nécessite moins d’employés."

Malgré les nombreux défis, Tammy Hattem estime que la transition vers le bio en vaut pleinement la peine. "Nous sommes nous-mêmes parents de deux, bientôt trois enfants: c’est pour eux et pour les générations futures que nous agissons ainsi. Nous réduisons notre empreinte écologique et c’est très excitant de voir le mouvement d’entraînement que cela crée: les clients en redemandent, le cercle vertueux prend forme."

Quel est le secret du succès pour une transition réussie? "Tout superviser, vérifier et re-vérifier. Mais le jeu en vaut la chandelle ! Chez nous la transition a créé un fort sentiment d’appartenance à l’interne, une motivation de plus, une fierté. On le ressent clairement. Maintenant, il ne nous reste qu’à espérer que toutes les entreprises emboîtent le pas et passent au développement durable!"

La rédaction