Zoo de Granby: mobiliser dans l'action
Depuis cinq ans, le zoo de Granby a adopté de nombreuses pratiques de développement durable, notamment en ce qui concerne sa consommation de ressources et d'énergie. Une mise en oeuvre concrète qui mobilise les employés, génère des résultats et positionne l'institution comme une référence en matière de conservation.
En arrivant à la tête du zoo de Granby, en septembre 2003, Joanne Lalumière (photo) avait une vision de ce qu'elle voulait y accomplir: pour elle, qui comptait plus de vingt ans d'expérience en environnement, notamment aux études d'impacts chez Hydro-Québec, une telle institution devait obligatoire avoir une mission "verte". De ses opérations quotidiennes à ses activités de recherche et de sensibilisation, le zoo de Granby devait être une référence. Aussi, quelques mois à peine après son arrivée, la nouvelle directrice générale créait un poste à temps plein de coordonnateur de la gestion environnementale. Son premier mandat : établir un plan d'action pour l'année à venir. Avec le soutien du programme EnviroClub d'Environnement Canada, la première année fut consacrée à l'eau potable : un diagnostic de consommation a été effectué, et le zoo s'est alors fixé des objectifs de réduction. "Bien sûr, à l'époque, on m'a fortement suggéré de débuter par l'adoption d'une politique environnementale ; ce que j'ai refusé, dit Joanne Lalumière. Je savais très bien ce qu'implique la rédaction d'un tel document, où l'on négocie chaque mot. Pendant ce temps, on n'agit pas. Pour une petite organisation comme le zoo, j'ai privilégié l'action immédiate, avec des cibles précises." Or, les résultats ont été immédiats, et substantiels : à l'issue de la première année, l'institution a réduit sa consommation d'eau de 45%, alors que son objectif était de 20% ; et l'année suivante, elle a atteint une nouvelle baisse de 25%. "Même la municipalité nous a contacté en voyant notre consommation d'eau diminuer de façon aussi drastique ! Cela a eu un impact notable pour nous, mais aussi sur la pression exercée sur le réseau public et les infrastructures de la ville."
Fort de ce premier succès, le zoo a poursuivi cette démarche lorsque, en 2005, il a obtenu des financements pour mettre en oeuvre un vaste projet d'agrandissement et de rénovation : après l'eau, le zoo allait s'attaquer à l'énergie. Pour cela, on a demandé aux architectes et ingénieurs du projet d'y intégrer au maximum les principes de développement durable: géothermie, accumulateurs thermiques, panneaux solaires... "Alors que nous avons construit de nouveaux pavillons - que nous chauffons -, notre facture est sensiblement la même qu'avant l'ajout de ces infrastructures. Et ce gain est récurrent année après année. Nous avons vu à long terme."
La revue des pratiques internes fut poursuivie, notamment à l'égard du recyclage, tant de la part des 75 employés permanents que des quelque 500000 visiteurs annuels, et de l'achat "responsable" des produits de consommation courante. Sans oublier l'achat local, un élément qui s'est avéré important au moment des travaux. "Nous avions conscience de notre rôle économique dans la région. Aussi avons-nous effectué des appels d'offres sur invitation, en maximisant le nombre de fournisseurs de la région. Au total, 71% de la valeur des contrats a été attribué à des fournisseurs provenant d'un rayon de 30 minutes."
Au fil des années, Joanne Lalumière et son équipe ont pu éprouver les principes du développement durable auprès des employés, permettant à chacun de s'approprier la démarche. Pour elle, le passage à l'action s'avérait donc une approche incontournable. "C'était un moyen de mobiliser les équipes dans l'action, plutôt que d'imposer une politique qui aurait pu être mal comprise. L'important a été d'être constant et persévérant dans notre démarche, et d'impliquer les employés dans la réflexion et la recherche de solution. Cela stimule aussi la collégialité : on n'en a pas l'habitude, tout le monde travaillant plutôt en silos."
Près de cinq ans après le début de cette démarche, quel bilan en tire Joanne Lalumière? "Nous n'avons pas chiffré toute la démarche, mais globalement, notre budget annuel est sensiblement le même. Les bénéfices seront donc plus importants que les coûts, surtout à moyen-long terme : notre économie d'eau potable -- et attendons-nous à être taxés à plus ou moins brève échéance, maintenant que nous avons des compteurs -- est de l'ordre de 100000$ par an ; et les économies d'énergies sont d'environ 200000$ par an. Sur 20 ans, on économise minimalement 6 millions $ ! Ca paie largement les dépenses liées à ces actions."
Outre les gains financiers, directement attribuables à l'efficacité énergétique, cette démarche a également conduit le zoo à se positionner sur de nouvelles tribunes, lui permettant de rejoindre un nouveau public. Pour Joanne Lalumière, la crédibilité et la réputation du zoo en ont largement bénéficié. "Nous avons brisé la perception de 'petit' zoo de Granby. Nous nous faisons maintenant contacter par les médias, non seulement pour notre activité touristique, mais aussi pour notre expertise scientifique. Nous participons aussi à des programmes nationaux de protection de certaines espèces menacées, comme la tortue-molle à épines au Québec, à un comité aviseur en tourisme durable, etc. On reconnait donc le sérieux et la profondeur de notre démarche."
Aujourd'hui, avec des employés sensibilisés et mobilisés, une longue série d'actions à son actif et des premiers résultats concluants, le zoo s'apprête à rédiger une politique de développement durable qui lui permettra de poursuivre sa démarche. "Maintenant que nous sommes passés à l'action, nous sommes prêts à adopter officiellement une politique. L'an dernier, nous avons créé un pôle scientifique, avec un département Éducation, Recherche et environnement, afin d'optimiser notre mission d'éducation et de référence scientifique, et aussi pour avoir une vision transversale de nos actions, tant sur le terrain que dans nos programmes éducatifs. Après avoir effectué de nombreux diagnostics au cours des dernières années, cette unité a le mandat cette année de développer une politique et un plan d'action. Cela suivra également le premier bilan que nous avons publié début 2008 et qui sera mis à jour régulièrement. Bref, la politique n'était pas rédigée, mais elle était bel et bien présente dans ma tête !"
Quel conseil donnerait-elle à un gestionnaire de PME? "Venant moi-même du secteur de l'environnement, cette démarche me parait plus facile. Ce qui n'est pas le cas de la plupart des gestionnaires de PME, qui veulent bien faire mais qui ne savent pas par où commencer, et qui n'ont pas nécessairement les moyens d'employer une personne à temps plein sur les enjeux environnementaux." Joanne Lalumière attire en outre l'attention sur les universités, riches en ressources. "Pourquoi ne pas les approcher et proposer son entreprise comme projet-pilote? Les étudiants pourraient effectuer un diagnostic dans le cadre d'un projet de session, ce qui permet d'identifier les pistes d'action. Le dirigeant, lui, demeure davantage dans sa zone de confort, dans un rôle de gestionnaire de projets, qu'il peut mener en fonction de son budget. On peut créer de véritables partenariats entreprises-universités. Il ne faut pas sous-estimer l'expertise et le talent des jeunes à l'université : eux ne demandent pas mieux que d'avoir une expérience concrète en entreprise, et une telle collaboration constitue une solution économique pour les PME."
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