Stageline, du bâtiment écologique à la sensibilisation des employés

PME | janvier 2009 Stageline, du bâtiment écologique à la sensibilisation des employés

Le vaste projet de construction d'une usine Leed a conduit ce concepteur de scènes mobiles à prendre le virage du développement durable.

Stageline, entreprise de 170 employés établie à L'Assomption, inaugurait en octobre dernier sa nouvelle usine, construite en fonction des critères écologiques de la norme Leed (Leadership in Energy and Environmental Design). Cet édifice de 3700 m2 , comprenant une aire de fabrication et des bureaux administratifs, est ainsi le premier de ce genre au Québec à viser cette certification, attribuée par le Conseil du bâtiment durable du Canada. "Lorsque, ayant atteint les limites de production, nous avons décidé de construire une deuxième usine, nous nous sommes dits qu'il fallait le faire d'une façon qu'elle soit 'payante' tout au long de son utilisation", dit Mathieu Bourdeau, chargé de projet (photo).

La préoccupation environnementale est d'ailleurs une notion déjà présente dans le cadre même du produit de Stageline : ses scènes mobiles, utilisées dans plus de 10000 événements par année dans une trentaine de pays (ici, on les retrouve notamment au Festival international de jazz de Montréal, aux Francofolies, à Juste pour rire, etc.), facilitent l'installation de telles structures extérieures, tout en réduisant leur impact écologique. "Nos scènes peuvent être transportées dans un seul camion, quand trois ou quatre remorques sont nécessaires à une scène traditionnelle à échafaudage. Et la facilité de leur montage permet également d'éviter l'utilisation de grues et autres gros engins qui peuvent endommager le terrain."

Pour la construction de son nouvel établissement, Stageline a fait affaires avec Murox, une division du groupe Canam spécialisée dans la fabrication et l'installation d'enveloppes de bâtiments à haute efficacité énergétique, conçues à partir de structures fabriquées en usine. "Murox nous proposait un service clés-en-mains qui incluait aussi l'expertise en matière d'énergie : plomberie, électricité, ventilation, mécanique du bâtiment, etc. On nous proposait de concevoir un bâtiment écoénergétique doté de tout un système de contrôle de l'éclairage, du chauffage, de la récupération de chaleur, etc."

Le bâtiment, conçu pour assurer une efficacité énergétique de 70% supérieure à celle des bâtiments traditionnels, est ainsi doté d'une série de caractéristiques techniques innovantes. Par exemple, ses vingt puits de géothermie peuvent fournir jusqu'à 50% des besoins de chauffage, tandis que des détecteurs de mouvements permettent d'éteindre les lumières dans les salles non occupées. Un large mur solaire noir, associé au système de ventilation, permet quant à lui de préchauffer l'air extérieur avant d'être soufflé dans l'édifice. Une large fenestration sur trois côtés de l'usine -- "la lumière naturelle offre un meilleur environnement de travail aux employés" --, une toiture blanche permettant de réduire le phénomène d'ilot de chaleur en été -- "un toit vert aurait malheureusement été trop coûteux, vu la superficie du toit" --, et un plancher radiant composé de serpentins coulés directement dans le béton, créant ainsi une masse de chaleur dont les fluctuations sont réduites, constituent d'autres atouts de l'usine. "Le tout est centralisé par un système informatique, accessible par une interface Web, qui permet de contrôler tous les paramètres de chauffage et d'éclairage."

Ainsi, dans la grille de notation Leed (Stageline est actuellement en cours de certification), l'entreprise obtient une grande partie de ses points grâce à ses résultats en matière d'efficacité énergétique. Mais d'autres éléments entrent également en ligne de compte, comme cet aménagement paysager, conçu par un paysagiste doté de la certification HortiEco d'Équiterre. "Il s'agit d'un aménagement, pour lequel on a choisi des espèces capables de bien cohabiter et qui n'ont pas besoin d'un arrosage particulier, donc de système d'irrigation." De plus, deux bassins de rétention permettent de récupérer les eaux de pluies, que Stageline utilise ensuite pour nettoyer les scènes et équipements qu'elle loue.

Profitant de l'effervescence suscitée par ce vaste chantier, l'équipe de Stageline a créé, il y a un an, un comité vert composé d'une dizaine d'employés représentant les différents départements de l'entreprise. Objectif : insuffler de nouveaux réflexes parmi les employés. "Nous sommes vraiment partis de la base : installer des bacs de recyclage dans les deux bâtiments -- et nous assurer qu'ils étaient utilisés correctement --, sensibiliser à l'impression recto-verso, puis acheter du papier certifié FSC, s'approvisionner en café équitable, etc." À l'initiative du comité vert, Stageline a même demandé à ses fournisseurs de machines distributrices d'y proposer, non seulement les habituelles croustilles et autres barres chocolatées, mais aussi des produits santé. "Nous sommes actuellement en discussion avec eux, car ils n'ont pas l'habitude de recevoir ce type de demandes."

Peu à peu, une démarche de développement durable est en train de se structurer chez Stageline. Sans avoir encore de politique officielle de développement durable, l'entreprise en a toutefois défini les grandes lignes : engagement de la direction, participation active des employés, sensibilisation et implication des fournisseurs, etc.

"L'empreinte écologique de nos installations représente l'élément central de notre démarche de développement durable. La construction et la mise en opération du bâtiment constituait donc la plus grosse étape ; elle nous a demandé près de deux ans de travail. Maintenant que le bâtiment est terminé -- et bien qu'il soit encore en rodage --, nous pouvons peu à peu nous attaquer à d'autres enjeux."

D'ailleurs, l'une des prochaines étapes pourrait consister en l'aménagement d'un jardin communautaire, dont des esquisses ont déjà été réalisées. "Il s'agirait d'une aire de repos que les employés pourraient utiliser lors de pauses repas, mais aussi en dehors des heures de travail ; ils sont nombreux à habiter à proximité de l'entreprise. Cela offrirait un espace leur permettant d'exprimer leur 'pouce vert', tout en consolidant les relations internes."

La rédaction