Bang mise sur des ressources humaines durables

PME | décembre 2008 Bang mise sur des ressources humaines durables

Pour l'agence de communication Bang Marketing, le développement durable va au-delà de l'occasion de se distinguer sur le marché : il constitue une démarche fédératrice permettant de mobiliser et de motiver ses employés.

Entreprise de communication comptant dix employés, l'agence montréalaise Bang Marketing annonçait ce printemps l'adoption d'une politique environnementale, initiative encore peu répandue dans ce secteur. À travers les grands principes établis par ce document, l'entreprise s'engageait publiquement à réduire son empreinte écologique : que ce soit dans le cadre des mandats qu'elle réalise pour ses clients ou de la vie quotidienne du bureau, l'entreprise posait les premiers jalons d'une démarche de développement durable.

Deux éléments déclencheurs ont poussé sa présidente, Stéphanie Kennan (photo), à amorcer cette démarche. "Alors que nous cherchions un projet mobilisateur, nos employés nous ont fait part qu'ils souhaitaient que l'entreprise adopte des pratiques plus respectueuses de l'environnement, dit-elle. Or, en même temps, certains de nos clients ayant mis en place des politiques de développement durable, ont demandé à recevoir la nôtre." Ces clients n'ont jamais laissé entendre qu'ils pourraient mettre un terme à leurs relations d'affaires avec Bang si l'agence ne démontrait pas d'engagement environnemental. Mais Stéphanie Kennan a perçu ce signal comme un incitatif : il lui paraissait important que les valeurs de son entreprise soit en accord avec celles de ses clients ; d'autant plus si cela pouvait créer un projet mobilisateur à l'interne.

Un employé a alors été chargé de faire de la recherche sur les meilleures pratiques environnementales, puis de soumettre un projet. Les nombreuses initiatives ainsi répertoriées ont ensuite donné lieu à une évaluation en groupe. "Nous avons cherché à évaluer l'impact que ces diverses initiatives auraient sur le travail quotidien des employés. Les impacts pouvant être très différents d'un employé à un autre, nous avons 'négocié', puis sélectionné d'un commun accord les gestes que nous pouvions poser."

Les initiatives retenues ont été catégorisées selon qu'elles concernent directement les pratiques d'affaires de l'entreprise ou les habitudes personnelles en milieu de travail. "Par exemple, nous incitons nos employés à ne pas apporter leur lunch dans un sac jetable ; et nous mettons à leur disposition une banque de sacs qu'ils peuvent utiliser lorsqu'ils vont chercher leur repas à l'extérieur." L'entreprise a aussi analysé tous ses achats -- des produits nettoyants aux papiers essuie-tout, en passant par le café -- afin d'y trouver chaque fois une version plus écologique. "Nous avons remplacé notre ancienne machine à café, qui utilisait des capsules individuelles, pour une machine sans filtre jetable ; et nous achetons maintenant du café équitable, en grain, en grande quantité." Afin d'assurer une adhésion optimale à l'interne, chaque employé s'est vu confier une part des responsabilités liées à ces changements d'habitude : l'un est en charge du recyclage du matériel et des composantes informatiques, un autre de déposer les rebuts de papier, verre et métal aux lieux de collectes, etc. "Non seulement chaque nouvel employé doit-il être bien informé de notre politique, mais nous devons également nous assurer que tout le monde l'applique. Peu à peu, les habitudes de chacun changent."

Des changements qui interviennent également sur le plan professionnel, Bang ayant adopté certaines mesures que tous les employés doivent respecter. Par exemple, dorénavant les conseillers doivent systématiquement proposer des options plus environnementales à leurs clients, notamment au niveau du choix de papier. "Ils doivent donc faire l'effort de se renseigner auprès de nos imprimeurs afin de savoir si tel projet peut être imprimé sur des papiers 'écologiques'. Le client n'est pas obligé de choisir cette option, mais au moins nous lui fournissons l'information." En outre, si la solution "écologique" est généralement retenue par le client, Stéphanie Kennan souligne que cela ne constitue pas pour autant un choix parfait : même avec un papier certifié, certaines pratiques de finition, comme le laminage, rendent impossible le recyclage du document. "Les clients ne sont pas prêts à faire des concessions sur l'aspect final de leurs documents. Pour autant, nous ne pouvons pas refuser catégoriquement tout laminage. Nous faisons plutôt un travail de sensibilisation et d'éducation ; nous ne pouvons pas aller plus vite que le marché."

Si les clients de Bang ont toujours le choix, et adoptent ces nouvelles pratiques à leur rythme, ce n'est pas le cas de ses fournisseurs à qui l'entreprise a imposé certains standards. Par exemple, tous ses imprimeurs doivent dorénavant être certifiés par le Forest Stewardship Council, afin de garantir la traçabilité des papiers issus de forêts gérées durablement. Une décision qui n'a pas été sans conséquence. "Nous avons perdu un imprimeur, un bon fournisseur qui, en plus, nous envoyait des clients. Mais il ne voulait absolument pas se faire certifier ; il nous était impossible de dire que nous travaillions qu'avec des imprimeurs certifiés si tel n'était pas le cas. Aujourd'hui, lorsqu'un imprimeur nous sollicite, notre première question est de savoir s'il est certifié FSC."

Ces nouvelles pratiques environnementales ont-elles eu un impact positif sur les activités de Bang ? "Quand nous avons annoncé notre politique, nous avons reçu beaucoup d'appels de félicitations et de demandes de conseils. Nous avons également été invités à participer à un appel d'offres lancé par un client qui se questionnait sur son positionnement environnemental : sans la diffusion de notre politique, nous n'aurions pas été invités à y participer." Aussi dresse-t-elle un bilan positif de ces premiers mois d'application de sa politique environnementale, et ce principalement sur deux aspects : la mobilisation de l'équipe, les employés ayant une occasion de travailler ensemble non pas pour un client mais pour un but interne ; et l'image de marque de l'agence. "Cette démarche m'a également obligé à réévaluer ma vision des affaires et à me remettre en question : en tant que gestionnaire d'une PME, cela m'apparaît très constructif." En outre, si ces actions ont pour le moment occasionné plus de dépenses que de gains financiers, Stéphanie Kennan n'y voit pas une dépense, mais un investissement. "Nous investissons actuellement dans notre image, dans notre équipe, ce qui finira par payer ; pas nécessairement en 2009, je crois beaucoup au long terme. C'est difficile à mesurer aujourd'hui, mais si nous avons une meilleure rétention d'employés, nécessitant moins de dépenses de recrutement et de formation, si nos employés sont plus heureux, donc plus productifs, etc., je suis convaincue que ces efforts finiront par payer."

Pour autant, Stéphanie Kennan ne voit pas dans cette démarche la solution magique à son développement des affaires. Car si elle estime avoir fait preuve de leadership au sein du secteur des communications en mettant son agence sur les rails du développement durable, cette professionnelle du marketing constate les changements rapides qui s'opèrent sur le marché. "Après 2008, où tout le monde s'est déclaré ‘vert', le temps où une entreprise fait de l'environnement un élément marketing est déjà sur le point de passer : l'entreprise devra dorénavant s'engager -- et s'améliorer continuellement -- parce qu'elle y croit, et non plus pour ‘impressionner'. Il s'agira d'ailleurs d'un minimum pour continuer de faire des affaires, et non plus d'une distinction."

Pourtant, avec une menace de récession qui se fait de plus en plus tangible, certaines entreprises risquent d'être tentées de reléguer leurs objectifs de développement durable à l'arrière-plan. Comment perçoit-elle cette période d'incertitude ? "

En période de récession, les gens d'affaires ne pensent qu'à court terme, mais c'est une erreur. On ne sera pas en récession éternellement ; les problèmes, tels que la pénurie de main-d'œuvre, eux, demeureront. Il faut donc continuer à bâtir sa culture d'entreprise : c'est pour cette culture que les employés veulent travailler avec une entreprise, et qu'ils veulent y rester. On ne peut pas s'inventer des valeurs d'entreprise du jour au lendemain, parce que la période y est favorable ! Aussi j'espère que la prise de conscience collective sur l'état de la planète que nous avons vécu depuis deux ans convaincra les gens d'affaires qu'il ne faut pas baisser les bras, même lorsque les temps sont plus difficiles.

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La rédaction