Lumec : l'écoconception comme source d'innovation
Si Lumec a pris en compte certaines préoccupations environnementales dès la fin des années 1980, l'entreprise spécialisée dans les luminaires extérieurs a véritablement intégré le développement durable à sa stratégie d'affaires il y a trois ans. Avec deux éléments fondateurs : la mobilisation de ses employés et l'écoconception.
Lumec, entreprise de Boisbriand spécialisée depuis plus de trente ans dans la création de luminaires extérieurs, a été confrontée pour la première fois à sa responsabilité environnementale à la fin des années 1980 : à l'époque, l'association Dark Sky mène une série de pressions à l'encontre de l'industrie, dénonçant la pollution visuelle qu'elle génère. Au lieu de se battre contre ce mouvement, l'entreprise cherche plutôt à en tirer des leçons : elle crée alors des luminaires qui réduisent la quantité de lumière dirigée vers le ciel. Un créneau dont elle a depuis fait sa spécialité. Mais c'est en 2006 que Lumec s'est engagée de façon plus stratégique sur la voie du développement durable. "J'ai assisté à une conférence au cours de laquelle j'ai été très inspiré par la présentation de Steelcase [ndlr : fabricant de mobilier de bureau reconnu pour sa démarche avant-gardiste en matière d'écoconception] et j'ai vu en cette démarche un fort potentiel pour notre entreprise, dit Jonathan Hardy, chargé de projets au département des nouveaux produits (photo). J'ai alors rédigé un rapport destiné à la direction, dont le message principal était : le fait de se soucier de l'environnement a eu des bénéfices financiers pour Steelcase, pourquoi n'en serait-il pas de même pour Lumec?" Son rapport suscite un grand intérêt et Jonathan Hardy obtient même l'aval de la direction afin de poursuivre ses recherches. Celles-ci le mènent à l'Institut de développement de produits, où il suit un programme comprenant un diagnostic d'écoconception en entreprise, et trois formations sur le sujet.
C'est ainsi qu'en 2007 Jonathan Hardy réalise le premier rapport interne de développement durable de Lumec dans lequel il dresse le portrait des initiatives déjà en place au sein de l'entreprise ; rapport qu'il complète d'un plan d'action identifiant ce qui pourrait être accompli à court, moyen et long termes. "Ce plan d'action a même été utilisé pour fixer les objectifs généraux de l'entreprise : le développement durable serait dorénavant intégré à notre stratégie." Lumec s'engage alors dans deux vastes projets, l'un destiné à réduire ses émissions de gaz à effet de serre, l'autre à améliorer sa performance en termes de récupération des matières résiduelles. L'entreprise se fixe même des objectifs : récupérer plus de 80% de ses déchets valorisables et réduire de 20% ses émissions de GES par rapport à 2006. "A l'époque, nous nous sommes fixés ces cibles sans trop savoir ce que cela allait impliquer, mais nous voulions nous donner des objectifs afin d'apprendre au fur et à mesure et ainsi progresser dans cette démarche."
Pour ce faire, l'entreprise met sur pied un comité vert, dont l'une des premières actions a été d'impliquer Lumec dans le programme Ici on recycle, de Recyc-Québec. "Il s'agissait de trouver un projet mobilisateur qui pourrait changer les habitudes de tous nos employés. Nous avions déjà des processus de récupération des métaux et du papier en usine, mais rien pour les déchets individuels. Le programme, bien structuré, nous a permis d'avancer, étape par étape." Après avoir signifié son engagement, lui permettant d'obtenir l'attestation de niveau 1, Lumec a mis en place un programme de gestion des matières résiduelles, élément conditionnel à l'atteinte du niveau 2. "Nous avons fait l'état de la situation de notre recyclage, en catégorisant tous nos déchets d'une semaine ! Puis, nous avons retiré des poubelles, que nous avons remplacées par des bacs de récupération dans les bureaux, dans l'usine, dans la cafétéria... Le tout accompagné d'activités de sensibilisation et de formation." Aujourd'hui, l'entreprise a soumis sa candidature pour le plus haut niveau d'Ici on recycle (niveau 3) : attestation qu'elle devrait obtenir sous peu, Lumec estimant que son taux de récupération est de l'ordre de 92% !
L'un des prochains chantiers du comité vert concernera la diminution des émissions de GES : il accompagnera chaque département dans l'atteinte des objectifs de réduction que s'est fixé l'entreprise. Un projet qui nécessitera un processus de collecte d'information plus structuré. "Il nous manque des données. Par exemple, pour les émissions de CO2, nous sommes en mesure de collecter l'information sur le plan énergétique, mais on n'a pas encore de structure en place pour calculer l'impact de nos transports. Cela fait partie de nos objectifs de cette année." Ce qui n'empêche pas Lumec d'avancer en parallèle avec des initiatives mobilisatrices, comme le covoiturage mis en place il y a un an environ. "Nous l'avons jumelé à un programme existant de récompense pour l'implantation d'idées, qui vise l'amélioration continue de nos processus. Ainsi, chaque employé qui covoiture au moins trois fois par semaine reçoit des points, qu'il peut bonifier s'il vient en transport en commun ou à pied / à vélo. Il y a un effet mobilisateur ! On estime qu'à l'issue de la première année d'implantation, on a retiré l'équivalent d'une automobile."
Cette démarche interne, visant à réduire l'empreinte écologique de ses processus, Lumec a également voulu à l'appliquer à ses produits. Pour cela, elle s'est engagée dans une profonde réévaluation de ses procédés de recherches et développement. "Nous voulions adopter de façon systématique les principes de l'écoconception. Aussi avons-nous intégré l'an dernier des livrables et outils liés au développement durable directement dans notre processus de développement de produit, soit de l'idéation à la livraison du produit chez le client." Ainsi, à chaque étape de création d'un nouveau luminaire, une série de critères environnementaux sont considérés, tels que sa consommation d'énergie, son poids, sa recyclabilité, sa durée de vie, le poids et le volume de son emballage...
D'ailleurs, pour aider les équipes impliquées dans ces différentes étapes, Lumec s'est dotée d'un outil d'aide à la génération d'idées. "C'est un système bâti à l'interne qui nous incite à nous poser toujours plus de questions sur les caractéristiques environnementales du futur produit. Cela permet par exemple, lors de l'idéation, d'alimenter les phases conceptuelles, sans pour autant se contraindre à des aspects techniques qui pourraient donner lieu à des analyses de cycle de vie." C'est ainsi que Lumec a récemment conçu une nouvelle source lumineuse qui permet de mettre à niveau certains anciens produits, sans avoir à changer tout le luminaire. Une approche particulièrement intéressante quand on sait que l'impact environnemental d'un luminaire, dont la durée de vie est de l'ordre de 50 ans, est à 90% attribuable à son utilisation. Un client peut ainsi adopter un système moins énergivore, tout en conservant ses luminaires.
La réflexion a même conduit Lumec à étudier l'impact de ses produits à la fin de leur vie. En collaboration avec le Centre de recherche industrielle du Québec, l'entreprise a analysé le taux de recyclabilité et de démantèlement d'un produit en phase de conception. À l'issue de ce projet-pilote, elle a lancé les luminaires Leonis, recyclables à 97%. "Il nous reste à concevoir la fiche de démantèlement afin de la mettre à la disposition de nos clients. Nous comptons également réaliser une étude sur la fin de vie de nos produits afin d'envisager divers scenarios de récupération et de recyclage." En effet, si le produit est recyclable, reste à s'assurer qu'il est bel et bien récupéré et réintroduit dans le cycle. Un beau défi en perspective pour cette entreprise qui compte des clients en Amérique du Nord, mais aussi dans les Émirats arabes et en Asie.
Si, à court terme, Lumec n'est pas encore en mesure de quantifier le bénéfice directement attribuable à sa démarche d'écoconception, elle se considère en excellente position sur un marché marqué à la fois par une crise économique et un intérêt grandissant pour les démarches "vertes", telles que les quartiers Leed et autre urbanisme durable. "Nous sommes convaincus que notre démarche sera payante face à cet engouement pour les quartiers verts. En outre, la crise actuelle pousse les administrations à réduire leurs consommations d'énergie, ce qui constitue un très bon contexte pour nos produits écoconçus. Nous avons beaucoup investi depuis deux ans dans cette démarche, le marché nous est maintenant très favorable."
Aujourd'hui, Lumec bénéficie d'une image d'entreprise soucieuse de l'environnement et d'une forte mobilisation de ses employés, fiers de participer à ce développement "écosensible". L'entreprise a d'ailleurs de nombreux autres projets sur la table : dresser un portrait complet de ses émissions de CO2, obtenir une certification ISO 14000 pour son usine, accentuer son engagement social, notamment son soutien à l'égard de la relève, sensibiliser davantage ses clients aux enjeux de développement durable, etc.
Au regard de ce parcours, quel conseil donner à un gestionnaire de PME qui s'interroge face à une démarche de développement durable? "Mon conseil serait de dire qu'il est trop tard pour se poser des questions ! Il faut adopter ces principes ! Chaque jour apporte son lot d'exemples qui nous le confirment. Observons la situation de GM : cette entreprise ne s'est jamais beaucoup souciée du volet environnemental, et on voit aujourd'hui comment cela a un impact direct sur le volet financier. Aussi il importe de trouver le porteur de flambeau à l'interne, l'employé qui sera particulièrement motivé par cette démarche, qui servira d'élément moteur. Et de s'informer ; il y a de nombreuses sources d'information et expertises au Québec, il faut les consulter. Et avancer pas à pas."
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