Le Château Mont-Sainte-Anne "verdit" l'hôtellerie

PME | avril 2009 Le Château Mont-Sainte-Anne "verdit" l'hôtellerie

Il y a deux ans, le Château Mont-Sainte-Anne créait le poste de directrice du développement durable. Une initiative encore peu commune dans le secteur de l'hôtellerie, qui traduit la volonté de cette PME d'être résolument proactive en matière de responsabilité corporative.
 

Si le Château Mont-Sainte-Anne existe depuis une trentaine d'années, l'établissement situé à Beauprés, a entamé un nouveau chapitre de son histoire en 2005 lorsque Henry Roy et son fils Sébastien en sont devenus les nouveaux propriétaires. Leurs préoccupations environnementales les ont conduits à faire prendre à l'entreprise un virage "vert", procédant même à la création, en 2007, d'un poste de directrice du développement durable. "J'étais alors coordonnatrice d'événements et je souhaitais évoluer vers des fonctions liées au développement durable", explique Nadja Tanner (photo), qui occupe ce poste depuis maintenant deux ans. Faisant elle-même partie de la nouvelle équipe de direction -- elle est la conjointe de Sébastien Roy --, Nadja Tanner a joué le rôle de catalyseur d'une démarche de développement durable abordée étape par étape. Sous sa responsabilité, l'hôtel a ainsi entrepris une série d'initiatives telles que favoriser l'achat local, opter pour des ampoules écoénergétiques, mettre en place des processus pour réduire la quantité de matière résiduelles, etc. "Nous avons également développé notre système de récupération, alors que dans les premiers temps, nous ne récupérions que le papier et le carton. Et depuis six mois, nous nous sommes même lancés dans le compostage, dans le cadre d'un projet-pilote régional impliquant plusieurs autres entreprises." L'hôtel a également étudié ses pratiques d'approvisionnement. Objectif : identifier, parmi ses produits de consommation courante, ceux qui pouvaient être changés afin, notamment, d'éliminer les substances toxiques. "Nous avons ainsi adopté de nouveaux produits de nettoyage plus 'écologiques', pour le linge et les chambres."

La démarche du Château Mont-Sainte-Anne comprend également une forte implication dans sa région. Il figure ainsi parmi les établissements certifiés Table aux saveurs du terroir, label créé par la Fédération des Agricotours du Québec afin de mettre en valeur la cuisine et les produits des régions du Québec. Cet engagement se traduit même au plan personnel. "Je suis cofondatrice du chapitre local du mouvement Slow Food [ndlr : mouvement international qui allie plaisirs gastronomiques et conscience environnementale]. Nous organisons des ateliers du goût, destinés autant aux professionnels de l'hôtellerie qu'au grand public, auxquels contribue le Château Mont-Sainte-Anne. Notre objectif est de sensibiliser à la bonne cuisine et de stimuler l'économie régionale. On étudie aussi la possibilité de créer un marché public à Beauport avec les producteurs de la région, ainsi que l'aménagement d'un potager dans une école primaire."

Parallèlement à ces initiatives, le Château Mont-Sainte-Anne s'est engagé dans le programme Clé verte, un système d'évaluation créé par l'Association des hôtels du Canada. "Y prendre part nous a aidé car toutes les étapes d'amélioration y sont bien décrites." Se servant de ce programme comme d'un cadre de référence, l'établissement a ainsi poursuivi sa démarche, notamment en diminuant considérablement son utilisation des serviettes en papier, en remplaçant les boites à lunch en styromousse par des produits faits de carton recyclé, en éliminant les petits contenants de lait et sucre, en n'utilisant que de la vaisselle réutilisable, etc. Aujourd'hui, l'établissement arbore quatre clés vertes (sur une échelle de cinq) attribuées aux hôtels ayant "démontré un leadership" et adopté "une vaste gamme de méthodes et politiques" en matière de protection de l'environnement, selon le site Web du programme. Le Château Mont-Sainte-Anne adhère également à Réservert, équivalent québécois des Clés vertes, jugé "complémentaire" par Nadja Tanner car "couvrant davantage la dimension sociale du développement durable."

Puis, alors que le Château Mont-Sainte-Anne adoptait depuis plus d'un an ces diverses pratiques, l'entreprise a senti qu'elle devait franchir une nouvelle étape, en faisant appel à une expertise externe. "Nous atteignions nos limites en termes d'initiatives internes et nous avons ressenti le besoin de structurer notre démarche : il nous fallait documenter davantage nos orientations et suivre l'état d'amélioration. Ce qui nous a conduits à faire faire un diagnostic et un plan d'action environnemental avec la firme Takt-Etik."

Face à ces nouvelles pratiques de gestion, comment les employés ont-ils réagi ? "Au début, certains se montraient un peu sceptiques, tout en demeurant ouverts. Puis, on a senti une véritable implication, conduisant même parfois à des changements d'habitude à la maison. Par exemple, lorsque nous avons amorcé le compostage, des employés qui en faisaient déjà depuis longtemps chez eux se sont mis à sensibiliser leurs collègues. Bref, cela a créé une belle chimie à l'interne." Nadja Tanner souligne par ailleurs que de nombreuses initiatives n'ont pas généré de contraintes pour les employés, ce qu'appréhendent les gestionnaires lorsqu'ils veulent procéder à des changements au sein de l'organisation. "Ce sont souvent des questions de gestion interne, liées aux approvisionnements. Par exemple, l'achat de produits plus écologiques ne modifie pas vraiment les habitudes de travail. On s'assure bien sûr avec les employés concernés que ces produits sont aussi efficaces en en testant plusieurs avant de faire notre choix."

Et pour la clientèle, quel impact ont eu ces nouvelles pratiques ? "Les organisateurs d'événements sont de plus en plus sensibilisés ; notre démarche, notamment à travers Clé verte, a donc un impact positif évident sur notre activité. Elle contribue aussi à 'éduquer' certains de nos clients corporatifs, qui réalisent tout ce qu'implique la tenue d'un événement écoresponsable. D'ailleurs, on fournit systématiquement à nos clients un guide des événements écoresponsables, conçus à l'interne, afin de les inciter à développer eux aussi leurs pratiques écoresponsables, seuls ou avec l'aide d'un écoconseiller."

En tant que PME, quelles difficultés l'entreprise a-t-elle croisé dans la mise en œuvre de ces initiatives ? "Elles ont été peu nombreuses, car nous ne sommes pas une chaine hôtelière : le fait d'être une entreprise indépendante facilite le passage à l'action. Je travaille au quotidien avec le directeur général, il est facile de 'brainstormé' ensemble et de prendre rapidement des décisions. La dimension 'gestion' du développement durable est donc grandement facilitée du fait de notre taille et de la vision commune que nous avons au sein de la direction." La principale difficulté réside en revanche dans la limite des moyens financiers, propre à n'importe quelle PME. "Cela nous freine dans les projets de plus grande envergure : par exemple, nous sommes actuellement en train d'implanter la géothermie; or nous devons le faire par étapes, car financièrement nous ne pouvons pas l'installer pour l'ensemble de l'hôtel."

Quel conseil donner à un autre gestionnaire de PME qui envisage d'initier une démarche de développement durable ? "C'est une démarche que n'importe quelle PME peut entreprendre. L'aspect financier ne doit pas être un frain  : il suffit de commencer par la base, d'envisager toutes les petites modifications qui peuvent être apportées, pour ensuite aborder des projets plus importants."

La rédaction