Boréalis : Mesurer le développement durable

PME | janvier 2010 Boréalis : Mesurer le développement durable
  • Jules Paquette, président et cofondateur de Boréalis.
  • L'équipe de Boréalis travaillant sur le terrain.

Spécialisée dans les systèmes de gestion de l'information, Boréalis mesure les impacts sociaux et environnementaux liés à des projets industriels ou d'infrastructure. Une approche aujourd'hui indispensable pour les entreprises qui souhaitent assurer un suivi détaillé de leurs démarches de développement durable et les communiquer à leurs parties prenantes.

Créée en 2004, l'entreprise de Magog Boréalis offre des systèmes de gestion de l'information au service du développement durable. L'objectif est de fournir aux entreprises et organisations impliquées dans des projets d'envergure, tels que l'aménagement d'une mine à ciel ouvert ou l'exploitation d'un gisement de pétrole (ses clients sont surtout des entreprises minières et pétrolières), des données précises leur permettant de mieux juger la qualité de leurs interventions en durabilité. Ces informations leur permettent en outre de mieux communiquer les conséquences de leurs actions, que ce soit auprès d'investisseurs, de gouvernements ou de communautés affectées par un projet.

"Avant d'investir dans un projet d'infrastructure, une entreprise se doit de développer une stratégie pour réduire l'impact de ses opérations, dit Jules Paquette, président et cofondateur de Boréalis (photo). Pour ce faire, elle a besoin d'indicateurs qu'il est parfois difficile de mesurer." C'est ici que Boréalis et son équipe de 40 personnes, principalement des géographes experts en télédétection ou en système d'information géographique, interviennent. Les outils de cette PME offrent une vue d'ensemble de la situation sur le terrain aux entreprises confrontées à l'un des plus grands défis de la durabilité : mesurer leurs actions et les communiquer. Les données compilées et superposées à des cartes géographiques (incluant des données aussi variées que l'hydrographie, les types d'élevage, la végétation ou le type d'habitat humain) permettent ainsi aux gestionnaires de mieux suivre l'évolution d'un projet en respectant les engagements pris par leur entreprise. Les données fournissent aussi un point de référence pour évaluer -- et éventuellement améliorer -- la mise en oeuvre d'une stratégie. De l'information également précieuse pour préparer un rapport de durabilité.

C'est en travaillant en Afrique et en observent le respect grandissant des Principes de l'Équateur -- lignes directrices en matière sociale et environnementale qui guident les institutions financières et leurs partenaires dans la gestion de projets -- que l'idée de Boréalis est apparue à Jules Paquette et son partenaire, Patrick Grégoire. Ils y ont vu une opportunité d'affaires gagnante pour tous puisque, selon ces normes, un projet de développement doit maintenir ou améliorer le niveau de vie de la population. "C'est un pas important pour l'industrie, qui possède maintenant un cadre conceptuel et un langage commun pour structurer le financement de projets. Et on comprend l'importance du marché quand on sait que ces principes s'appliquent à l'échelle planétaire, et ce, pour tout projet industriel de plus de 10 millions de dollars."

Comment en effet passer des principes aux faits ? Comment mesurer une amélioration du niveau de vie ? Une des critiques émises à propos des promesses en matière de durabilité touche à la dichotomie fréquente entre ce qui est lu et la réalité sur le terrain. Pour Jules Paquette, l'occasion d'affaires résidait dans cet objectif de "pallier cette critique". Outre les Principes de l'Équateur, Boréalis aide ses clients à respecter des normes aussi variées que celles de l'Initiative pour la Transparence dans les Industries Extractives (ITIE), de l'Organisation internationale de normalisation (ISO) ou de la Global Reporting Initiative (GRI). "Les pratiques ont beaucoup évolué : il existe aujourd'hui de nombreuses normes et la société civile est aux aguets pour s'assurer qu'elles sont respectées. La prise en compte des droits humains ou de la protection environnementale fait partie des cahiers des charges. L'époque où il suffisait d'avoir une autorisation gouvernementale avant de sortir la machinerie lourde est révolue."

Lors de chaque mandat, Boréalis se rend sur le terrain, notamment afin d'encadrer la façon dont l'information est compilée. "C'est souvent fait de manière subjective et décentralisée. On propose alors des systèmes simples qui donnent des résultats rapides : le client est à même d'avoir un portrait général de la situation et d'entrevoir ce qu'une compilation plus poussée représente comme avantages." Boréalis pourra ensuite compiler des données socio-économiques plus complexes : la composition des familles, le revenu par ménage, le type d'agriculture pratiquée dans un village ou la nature des relations avec les parties prenantes. Ces mesures permettent d'établir un cadre de dialogue clair entre l'entreprise et ses parties prenantes. Par exemple, en établissant les chiffres de manière rigoureuse dès le départ, une entreprise peut éviter des demandes de dédommagement abusives. Et pour les communautés concernées, il devient possible de vérifier si l'entreprise respecte ses engagements, qu'il s'agisse de promesses d'assistance financière aux populations touchées ou de contrôle d'émissions polluantes dans un cours d'eau.

Rio Tinto a récemment demandé à Boréalis de développer un tel système intégrant des données socio-économiques et des données issues d'enquêtes terrain, dans le cadre d'un projet minier en Guinée. L'objectif de la minière est d'en atténuer les impacts sociaux. Boréalis développera par exemple des bases de données pour planifier des paiements de compensations en cas de préjudice aux populations.

Si la clientèle de Boréalis est principalement industrielle (Barrick Gold, British Gas, Chevron, ExxonMobil, Shell …), elle compte aussi des instances gouvernementales, des firmes d'ingénierie ou des agences d'aide au développement. Alors que 75 % de ses clients sont basés à l'extérieur du Canada (Amérique du Sud, Afrique et Asie du Sud-Est), Boréalis souhaite au cours des prochaines années développer une clientèle nord-américaine, principalement au Canada où l'un de ses objectifs est d'y augmenter le nombre de mandats dans le secteur pétrolier. L'entreprise compte également tirer profit du marché du carbone. "Nous sommes en bonne posture pour offrir des services de gestion de crédits carbone en produisant des systèmes de comptabilité carbone, qui permettraient de compiler, analyser et comparer les différentes sources d'émissions. Ces services permettront de mettre en œuvre des stratégies concrètes de réduction des gaz à effet de serre."

Jules Paquette et Patrick Grégoire, qui voulaient avoir une incidence positive sur le monde dans leur vie professionnelle, ont bâti leur entreprise sur la base de leurs valeurs. "Je rentre d'un village pauvre en Afrique et, malgré mes expériences avec des communautés similaires, je suis toujours marqué par l'impact humain de notre travail. Le fait d'entreprendre une démarche sérieuse et transparente rassure les communautés locales. Le sentiment de respect est une donnée difficile à 'télédétecter', pourtant ce respect est l'ultime objectif de notre démarche. Ce qu'il est convenu d'appeler le 'social license to operate' , ou l'adhésion sociale autour d'un projet, est immatériel, impossible à chiffrer, mais demeure à la base de nos efforts."

Mathieu Régnier