Angus: le bâtiment comme outil de développement durable
Le Technopôle Angus fait figure de référence en matière de développement urbain durable. Son expertise, qui lie implication de la communauté et préoccupation environnementale, est aujourd'hui sollicitée dans le cadre d'autres projets d'urbanisme.
En une quinzaine d'années, le Technopôle Angus est devenu une référence en matière de développement urbain durable : dès ses débuts en 1995, la Société de développement Angus (SDA) a misé sur la création d'emplois, la construction écologique et le renforcement du tissu social afin de dynamiser ce quartier de l'arrondissement Rosemont-Petite-Patrie, à Montréal, alors profondément marqué par le déclin de l'industrie ferroviaire. En effet, alors que le Canadien Pacifique avait fait vivre le quartier pendant près d'un siècle, les fermetures successives de ses installations tout au long de la seconde moitié du XXe siècle eurent un impact dévastateur. En 1992, lors du départ définitif de l'entreprise, le quartier, devenu une friche industrielle contaminée, affiche un taux de chômage avoisinant les 25%. Christian Yaccarini, qui travaillait à cette époque à la CDEC Rosemont-Petite-Patrie, décide de fonder la SDA afin d'acquérir les terrains vacants et d'y créer un pôle d'emplois. "L'idée était de redonner à la communauté les emplois perdus par la fermeture définitive des usines du CP en 1992, soit quelque 1000 emplois", dit Suzann Méthot, responsable des affaires publiques (photo). Objectif aujourd'hui atteint puisque le parc d'entreprises, qui comprend huit édifices totalisant 500000 pieds carrés, a permis la création de 1200 emplois. "L'indicateur important pour nous n'est pas le nombre de bâtiments ou de pieds carrés, mais bien le nombre d'emplois créés chaque année. Notre objectif est d'atteindre un total de 2500 emplois d'ici 10 ans."
Créer des emplois, certes, mais aussi les conserver sur le long terme. C'est pourquoi le parc d'entreprises a été développé sur des valeurs de développement durable, en portant une attention particulière à l'environnement immédiat du secteur, qu'il soit naturel ou social. "Tous nos projets sont menés en lien étroit avec la communauté : résidents, groupes communautaires, etc. Et tous nos édifices, qu'il s'agisse de l'architecture, de la construction, de la gestion ou de l'aménagement, répondent à des normes environnementales telles que LEED et Visez Vert." Même son plan d'aménagement a été reconnu : il fait partie des premiers projets au monde à avoir reçu, à la fin de 2008, la certification LEED for Neighborhood Development. Par ailleurs, le technopôle s'est assuré d'avoir une grande diversité au sein des entreprises locataires : pas de secteur d'activité prédominant qui fragiliserait à nouveau le quartier en cas de ralentissement.
Aussi, si le Technopôle Angus ne demande pas à ses locataires d'être de fervents défenseurs du développement durable, de nombreux outils sont mis à leur disposition pour les aider à adopter des pratiques plus durables. Par exemple, chaque nouveau locataire est informé du plan de transport durable du parc, qui comprend des voitures Communauto, des vélos en libre-service, la ligne de bus qu'a ajoutée la STM en 2006 afin de relier plus facilement la station de métro Sherbrooke, le système de covoiturage Allégo, et bientôt des vélos Bixi. Idem pour la gestion des matières résiduelles puisqu'un système de collecte multi-matières est directement intégré à la logistique d'entretien des immeubles. "Avec 87% des matières valorisables qui sont recyclées, nos bâtiments ont obtenu le niveau Performance du programme Ici on recycle." Bien sûr, les locataires sont invités à faire leur part. "Nous cherchons à les inciter à opter, dans la mesure du possible, pour des aménagements écologiques de leurs bureaux : par exemple, nous sommes récemment parvenus à fournir à un nouveau locataire une soumission d'aménagement respectant les principes LEED au même prix qu'un aménagement traditionnel !"
Aujourd'hui, la SDA "exporte" son expertise en matière d'aménagement urbain durable afin de faire bénéficier de son approche "socio-environnementale" d'autres projets d'urbanisme. Par exemple, l'arrondissement Ville-Marie l'a sollicitée afin qu'elle contribue au plan de développement du boulevard Saint-Laurent, au niveau du Quartier des Spectacles où trois projets de revitalisation sont dores et déjà en cours : le 2.22 Ste-Catherine Est, où un édifice Leed Or abritera la future vitrine culturelle de Montréal, le quadrilatère St-Laurent (côté ouest du boulevard, entre le Monument National et la rue Ste-Catherine) qui présentera une zone commerciale écolo/bio/locale, et l'édicule du métro St-Laurent où un bâtiment à vocation culturelle sera construit afin, notamment, d'accueillir le cinéma Parallèle. "L'objectif encore une fois n'est pas de construire des bâtiments, mais bien de créer de l'emploi et de revitaliser un quartier particulièrement affaiblis sur les plans patrimonial et économique ; le bâtiment est un moyen, non une fin. Cela permettra également d'offrir des services de proximité aux citoyens, services qui bénéficieront aussi aux touristes visitant le Quartier des spectacles. Nous avons préalablement rencontré et échangé avec tous les organismes culturels, communautaires et économiques du secteur afin de nous assurer que le projet répondait aux besoins du milieu et d'assurer sa pérennité."
Quels conseils donner à un gestionnaire de PME qui souhaite amorcer une démarche de développement durable dans son entreprise ? "Ne pas tomber dans le piège du dogmatisme ou du greenwashing : si on décide de se lancer dans une telle démarche, on a une responsabilité de cohérence. On doit avoir des raisons qui motivent ces actions, on doit y croire." Et d'ajouter : "Pour beaucoup de gestionnaires, le développement durable peut sembler un irritant : on a autre chose à faire que de repenser ses politiques d'achat, ses modes de transport, ses déchets…Il faut donc aborder le changement étape par étape. Ca peut commencer par mettre à la disposition des employés une carte Opus pour les déplacements d'affaires, jusqu'à emménager dans des bureaux écologiques. Il faut avancer à la mesure des moyens et du temps qu'on a à y consacrer. Mais rappelons-nous ceci : aujourd'hui, une entreprise ne peut plus espérer devenir un leader dans quoi que ce soit si elle ne tient pas compte du développement durable dans ses pratiques."
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